L'Année Internationale de la Cristallographie en France

2014, Année Internationale de la Cristallographie en France ( AICr2014 ), a permis de fédérer sept sociétés savantes ( l’AFC, la SFMC, la SFN, la SFμ, la SFP, la SCF et l’UdPPC ) qui, avec les principales tutelles scientifiques comme le CNRS et le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, ont construit des évènements nationaux, mis à disposition des outils de communication et relayé de très nombreuses initiatives en Région. Du collégien au chercheur averti en passant par l’homme de la rue, nous avons interpellé, provoqué l’étonnement, expliqué… et parfois sans doute convaincu que la cristallographie, science transversale par essence, est au coeur de notre monde moderne. Un bilan plus complet a été publié dans Reflets de la Physique 44-45 (2015), 12-14.
Le site dédié à toutes les activités dans le cadre de l'AICr2014 a été en ligne de septembre 2013 jusqu'en janvier 2015 et a été repris presque dans son intégralité sur le site de l'Association Française de Cristallographie, en accord avec les partenaires.

Pouvoirs occultes des pierres guérisseuses, pierres de folie, pierres à venin, pierres d’yeux, pierres de foudre, pierres amulettes… Quête légendaire de la Pierre philosophale, aura mystérieuse des pierres tombées du ciel et des mégalithes millénaires… La fascination pour le règne minéral est telle qu’elle demande à être interrogée. Avec l’anthropologie, on peut comprendre que l’interprétation symbolique est un rapport au monde qui permet à l’homme de donner sens à son environnement.

Comment explique-t-on le rapport symbolique qu'entretiennent les hommes avec leur environnement ?

 

Les hommes entretiennent un rapport inquiet et curieux à leur environnement naturel. Trouver des interprétations rationnelles à cet apparent chaos est leur continuel souci. Ils n’ont de cesse de classer leurs observations et d’inventer des systèmes cohérents qui leur permettent de se situer dans cet univers, en position centrale, et d’élaborer des représentations avec lesquelles ils peuvent mettre en jeu des « bricolages idéologiques »* interférents.

Dans ce cadre, les éléments des « trois règnes » (végétal, animal, minéral) ainsi que la lecture des astres et des quatre éléments, composent un ensemble maîtrisable dont une habile pratique génère une « efficacité symbolique »*, recours indispensable pour l’apaisement des maux et la maîtrise des risques auxquels la fragile vie humaine est dramatiquement exposée.

 

Qu’en est-il alors du rapport aux minéraux ?

Parmi toutes les données naturelles, les minéraux, de par leurs caractéristiques physiques, jouent un rôle très particulier. Leurs couleurs, formes, transparence et surtout leur apparente inaltérabilité leur confèrent la puissance d’échapper au temps. Nous retrouvons de nombreux vestiges des systèmes interprétatifs des cultures populaires traditionnelles européennes dans nos manières de faire contemporaines transmises par tradition orale sans forcément comprendre, étant donné la déperdition de ces savoirs, leur raison d’être. Il existe un langage des pierres dites « précieuses » et des cristaux, comme il existe un langage des plantes.

 

Quelles sont les sources savantes sur lesquelles reposent ces systèmes interprétatifs ?

 

Ces systèmes reposent sur la transmission déformée, simplifiée et réduite des connaissances de la médecine hippocratique* combinées aux observations de Pline*. Les Almanachs, véritables vecteurs entre savoirs savants et populaires, ont diffusé l’image de « l’homme zodiacal ».

Selon cette conception, il existerait des classes de correspondance entre les différentes parties du corps, les constellations (les signes du Zodiac), les animaux, les végétaux (donc aussi les aliments) et les minéraux.

 

Selon cette construction symbolique, comment fonctionnent les vertus des pierres ?

 

Le mode opératoire fonctionne par analogie : les éléments d’une même classe de correspondance, bien que de nature différente, sont censés présenter des « ressemblances ». La combinaison de plusieurs éléments renforce le pouvoir d’action de la caractéristique de ressemblance. Ces pouvoirs se neutralisent ou s’inversent si les éléments sont de classes différentes.

L’efficacité symbolique thérapeutique pour les minéraux est souvent le contact avec la partie du corps « à soigner», dans de plus rares cas l’absorption du cristal réduit en poudre ou de l’eau dans laquelle la pierre a bouilli. Dans ce système symbolique, les pierres sont alors supposées agir dans bien des domaines : thérapie, prophylaxie* et techniques divinatoires procèdent du même mode de compréhension du monde.

Enfin, du fait de leur beauté, on en fait souvent des bijoux qui permettent d’allier élégance, symbolisme et « protection ».

 

GLOSSAIRE

Bricolage idéologique : Concept introduit par Claude Lévi-Strauss dans La pensée sauvage(Plon, 1962).

Efficacité symbolique : Ce qui, tout en relevant d’unsystème symbolique, fait preuved’un effet dans le réel. Voir Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale (Plon, 1958).

Hippocratique : Qui se fonde sur la doctrined’Hippocrate, médecin grec (460av. J.-C. – 370 av. J.-C.) souventdésigné comme le père de lamédecine.

Pline : Ici Pline l’Ancien, écrivain etnaturaliste romain (23 – 79 ap.J.-C.), auteur de l’encyclopédieintitulée Histoire naturelle.

Prophylaxie : Ensemble des moyens destinés àprévenir l’apparition, la propagationou l’aggravation des maladies.