Bravais est un nom connu - ou du moins entendu - par tout scientifique qui, de près ou de loin, s'intéresse à la matière cristalline. À l'évidence, les cristallographes sont familiers avec lui mais surtout avec les concepts fondateurs qui y sont liés. Auguste Bravais (1811-1863) a en effet tenu un rôle majeur dans l'établissement des lois régissant la notion de structure cristalline.La première théorie de la structure périodique des cristaux fut le fruit du travail de René Just Haüy (1743-1822). Cette théorie énoncée d'un point de vue mathématique en 1801 propose la description des cristaux à partir d'un l'assemblage tri-périodique d'unités de forme parallélépipédique appelées molécules intégrantes.

ABravaisLargement commentée et considérée comme le fondement de la cristallographie moderne, cette théorie initiale se heurtait à de nombreux problèmes, dont celui des formes mérièdres de certains cristaux qui ne présentent pas les éléments de symétrie du parallélépipède constitutif. Auguste Bravais propose une seconde théorie qui diffère relativement peu de celle de Haüy mais qui comporte quelques ajustements essentiels. En substance, la théorie de Bravais (1848-1850) utilise une unité constitutive polyédrique qui ne remplit pas l'espace mais qui suit un schéma tri-périodique de translations. Ce dernier est appelé le réseau de Bravais. Cette avancée majeure ouvre immédiatement vers des notions aussi fondamentales qu'usuelles dans le quotidien du cristallographe que celles, par exemple, de nœuds, de plans réticulaires, de maille élémentaire ou de système cristallin. L'originalité du travail de Bravais, relativement ardu dans sa version originelle - avouons-le, réside dans l'idée d'unités structurales séparées par du vide. Evident pour nous, cristallographes du XXIème siècle, ce concept apparaît néanmoins révolutionnaire dans son contexte et il fallut d'ailleurs l'intervention subséquente et remarquable de nombreux scientifiques pour le démêler, l'améliorer et le diffuser auprès de tous.

Ainsi, les 14 réseaux de Bravais font partie des premières définitions données dans un cours de cristallographie - notons que, bien qu'initiales, ces définitions méritent néanmoins une attention particulière car de nombreux écueils peuvent tromper l'étudiant débutant comme le chercheur distrait. Tout livre de cristallographie digne de ce nom comporte forcément un chapitre ou un paragraphe dédié à l'apport de Bravais. Ce nom est donc connu des cristallographes mais Auguste Bravais, l'homme, l'est-il ? Pour répondre à cette question, nous avons demandé à une spécialiste non pas de l'apport scientifique de Bravais mais de l'homme, de nous éclairer tant sur l'éclectisme de l'œuvre que sur les aspects trépidants de sa vie qui, hélas, finît dans le drame.

Docteur ès Lettres, Marie-Hélène Reynaud a en effet consacré une partie de son temps à l'étude de la vie d'Auguste Bravais. En 1991, elle publie "Auguste Bravais, de la Laponie au Mont-Blanc", ouvrage préfacé par André Guinier, membre de l’Académie des sciences (France). Marie-Hélène Reynaud est très active dans la promotion des sciences, notamment en Ardèche à Annonay, lieu de naissance d'Auguste Bravais. L'article ci-après est issu d'une conférence éponyme donnée à l'occasion du congrès national de l'Association Française de Cristallographie qui a eu lieu en juillet 2018 à Lyon. Nous pensons qu'outre les nombreuses informations qui sont données sur notre savant, de multiples pistes sont jetées pour aller plus avant sur la compréhension de cette période extraordinaire que fut le XIXème siècle pour la Science européenne notamment sous l'impulsion de savants hors du commun. Notons à ce propos que si René Just Hauy figure bien dans la liste des savants honorés par la France dont les noms sont gravés sur le premier étage de la tour Eiffel, Auguste Bravais, lui n'y figure pas. Puisse l'article de Marie-Hélène Reynaud contribuer à la réparation de cet oubli !

L'article de Marie-Hélène Reynaud est publié ici.

Pr Dominique Luneau (Univ. Lyon, France), organisateur du congrès AFC2018

Pr Philippe Guionneau (Univ. Bordeaux, France), président de l'Association Française de Cristallographie, AFC.