L'Année Internationale de la Cristallographie en France

2014, Année Internationale de la Cristallographie en France ( AICr2014 ), a permis de fédérer sept sociétés savantes ( l’AFC, la SFMC, la SFN, la SFμ, la SFP, la SCF et l’UdPPC ) qui, avec les principales tutelles scientifiques comme le CNRS et le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, ont construit des évènements nationaux, mis à disposition des outils de communication et relayé de très nombreuses initiatives en Région. Du collégien au chercheur averti en passant par l’homme de la rue, nous avons interpellé, provoqué l’étonnement, expliqué… et parfois sans doute convaincu que la cristallographie, science transversale par essence, est au coeur de notre monde moderne. Un bilan plus complet a été publié dans Reflets de la Physique 44-45 (2015), 12-14.
Le site dédié à toutes les activités dans le cadre de l'AICr2014 a été en ligne de septembre 2013 jusqu'en janvier 2015 et a été repris presque dans son intégralité sur le site de l'Association Française de Cristallographie, en accord avec les partenaires.

L’émerveillement que procure la brillance des précieux cristaux et les symboles d’amour éternel, de bonheur et de prospérité dont ils sont porteurs ne sauraient faire oublier la misère et les douleurs que génère leur exploitation dans des pays parmi les plus pauvres du monde. Leur exploitation commerciale capitalise des fortunes qui provoquent les convoitises et entretiennent des conflits sanglants, souvent interminables. Le cas de l’Angola fut de ce point de vue spectaculaire, ravagée pendant trois décennies par un conflit armé- guerre civile, financé par le trafic des diamants et du pétrole. En 2000 c’était l’un des pays les plus pauvres de la planète, alors que les richesses de son sous-sol en diamants principalement, le plaçaient au 4eme rang des ressources naturelles dans le monde (600 millions de dollars par an). Pendant des années, le groupe anglo-sud africain De Beers a été le premier acheteur des diamants de l’un des belligérants. Grâce à la guerre, le gouvernement et les rebelles ont ignoré la misère sociale de la population terrorisée et dépouillée de tout.

Angola, Sierra Leone, République démocratique du Congo ont exporté directement et indirectement des « diamants de guerre », commerce que l’ONU a tenté de boycotter.

La Birmanie est un exemple dramatique. Ce pays produit 90 % des rubis de la planète, dont les fameux rubis « sang de pigeon ».

 

               

Rubis vient du latin "Rubeus" qui signifie Rouge et qualifiait toutes les pierres rouges, grenat, spinelle et rubis. La couleur rouge est relativement rare dans la nature, le rubis était considéré comme la pierre des rois et comme le diamant, le rubis atteint des prix très élevés. Si le diamant est roi, le rubis serait sa reine... L’oxyde d’aluminium est incolore, la couleur lui vient lorsque des éléments chimiques précipitent. Le fer et le titane donne du bleu, le vanadium du violet et le chrome colore en rouge. Seul les oxydes d’aluminium contenant du chrome peuvent être appelés rubis. Tous les autres sont du saphir. Le corindon cristallise sous forme rhomboédrique. Le brut se présente sous forme allongé à 6 côtés. Souvent on observe des marques triangulaires sur les faces du rhomboèdre. Les propriétaires de mines ne se gênent pas pour améliorer la couleur des pierres peu colorées. Un rubis rose peu coloré prendra 10 fois plus de valeur en passant dans un four avec de la poudre de chrome, d’où il ressortira rose rouge.

Une imitation : le procédé Verneuil. En 1902, le chimiste français Auguste Verneuil met au point une méthode simple pour faire du corindon synthétique. Le procédé consiste à faire tomber sur une flamme les éléments constitutifs du rubis : de la poudre d’aluminium avec du chrome. Le tout se refroidit sur une boule qui s’abaisse lentement. Ce rubis synthétique, commercialisé dès 1904, est vendu en grande quantité et surtout sur les lieux d’extraction du rubis. Ce rubis est taillé la table parallèle à l’axe optique pour obtenir de grosses pierres, alors que dans les naturels la table est généralement perpendiculaire à l’axe optique.

 

La junte militaire birmane a organisé une vente aux enchères de ses gemmes en novembre 2007. Etant données la situation politique et les conditions d’exploitation dans les mines de rubis, des joailliers se sont mis d’accord pour boycotter les pierres précieuses de Birmanie. Cartier et Bulgari, après Tiffany qui a cessé de s’approvisionner en Birmanie en 2003, ont demandé à leurs fournisseurs, après cette annonce, de certifier l’origine de leurs pierres, afin d’écarter un achat en provenance de Birmanie. Deux semaines après la répression brutale par le régime des généraux d’un mouvement de protestation populaire, en 2008, l’association professionnelle des joailliers d’Amérique a demandé d’interdire spécifiquement la vente aux Etats-Unis de gemmes extraites dans ce pays.

Depuis, les conditions politiques en Birmanie ont sensiblement évolué, mais les conditions de travail dans les mines n’ont pas changé. Le commerce des cristaux précieux a repris de manière intensive, relayé par la Thaïlande...

 

Des rubis provenant d’une mine de la « vallée des rubis », c’est-à-dire la région de Mogok (interdite aux touristes), d’où sont extraits, depuis 700 ans, saphirs et autres gemmes de prix, en particulier les plus beaux rubis du monde. Selon des témoignages de mineurs birmans, l’extraction se fait dans des conditions de travail effroyables